Histoire de la croisière maritime

-Aux origines

L’histoire de la navigation maritime est à peu près aussi ancienne que celle de l’humanité. L’homme aurait pris la mer il y a quelques 130 000 ans. Si les premières embarcations ont pour seule fonction le déplacement de l’homme sur l’eau pour chasser ou pécher, elles sont probablement l’un des plus anciens moyens de transport utilisés par l’homme pour se déplacer. Très longtemps unique moyen de relier les continents, le bateau joua un rôle primordial dans la conquête du monde. Aujourd’hui complété par de nombreux autres modes de déplacement, le bateau reste le moyen de transport de marchandise le plus utilisé dans le monde. Bien que la vocation touristique ou de plaisance du bateau soit apparue beaucoup plus tard, elle représente aujourd’hui une part importante de la navigation maritime mondiale. Si l’on considère que c’est au XVIIe siècle que le tourisme trouve ses origines avec l’avènement des voyages initiatiques auxquels l’aristocratie anglaise donnait le nom de «Grand tour», c’est seulement en 1856 que Thomas Cook lance les premiers voyages
organisés à la forme relativement similaire à ce que nous pouvons connaître aujourd’hui. L’histoire du tourisme moderne aurait donc un peu plus d’un siècle et demi. Parallèlement, les origines de la croisière remontent à la fin du XIXème siècle. Si à cette époque de nombreux bateaux réalisaient régulièrement des traversés transatlantiques avec des passagers à leur bord, la Black Ball Line de New York offrait dès 1818 un service de transit régulier aux passagers entre les États-Unis et l’Angleterre. La première croisière d’agrément fut organisée en 1844 par la P&O à bord du luxueux trois-mats vapeur «Iberia» emportant à son bord 37 passagers en première classe et 16 en seconde de Londres au Caire. En 1891 l’allemand Albert Ballin, directeur de la compagnie Hapag, organisa aussi un voyage d’agrément en Méditerranée à bord du transatlantique Auguste Viktoria qui, du fait du mauvais temps et de la mer houleuse, voyait ses réservations baisser en hiver sur les lignes transatlantiques. Face au succès de cette expérience, les autres compagnies maritimes imitèrent rapidement l’armateur allemand. En 1897 le paquebot Kaiser Wilhelm der Grosse est le plus gros, le plus rapide et le plus luxueux de son temps. Sa silhouette moderne et ses quatre cheminées inspireront longtemps les compagnies maritimes. À l’aube du XXème siècle, les navires allemands dominent l’Atlantique nord mais rapidement la célèbre compagnie britannique Cunard développe une stratégie de croisières sous le sceau de la romance qui préfigure l’âge d’or des croisières transocéaniques. La première moitié du XXème siècle fait la gloire des grandes compagnies comme la White Star ou la French Line : la Compagnie Générale Transatlantique. En avril 1912, le naufrage du Titanic qui transportait 2223 passagers posa pour la première fois la question de la sécurité à bord mais ne ralentit pas l’expansion du marché. Jusqu’aux années 60 de très nombreux paquebots mythiques sortirent des grands chantiers européens comme L’île de France, le célèbre Normandie, ou les Queen Mary et Queen Elizabeth II. C’est en 1958 que les difficultés commencèrent à intervenir pour les compagnies qui avaient un nouveau concurrent de poids : l’avion à réaction. L’arrivée des fameux DC-8 ou autres Boeing 707 qui reliaient en huit heures le vieux continent aux Etats-Unis marqua la fin d’une époque. Du jour au lendemain les voyageurs et touristes désertèrent les paquebots, entraînant la faillite de nombreuses compagnies maritimes. De nombreux navires terminèrent à la casse après des années glorieuses. Les paquebots ayant résisté abandonnèrent les traversées intercontinentales et se dirigèrent vers des destinations “soleil” comme les Caraïbes ou la Méditerranée pour des croisières d’agrément. C’est en 1966 que deux entrepreneurs, Ted Arison (américain) et Knut Kloster (norvégien) auront l’idée, en créant la Norwegian Caribbean line, de lancer des croisières courtes au départ de Miami. Elles rencontrèrent un franc succès. Le concept fut vite imité par des investisseurs Norvégiens qui s’unirent pour former la Royal Carribean Cruise Lines en 1968. C’est à partir des années 70 que le marché de la croisière retrouva vraiment un nouveau modèle viable avec l’apparition de nouvelles générations de bateaux modernes pensés pour le divertissement, que la compagnie Carnival – également créée par Ted Arison en 1972- nomma “Fun-ship”.


-Un développement important depuis les années 1970

Les années 70 ont vu naître aux Etats-Unis une nouvelle forme de croisière, avec l’arrivée de bateaux spécialement conçus pour la détente et le divertissement. Les armateurs se sont rapidement livrés une guerre à l’innovation et au gigantisme dans laquelle les chantiers ont dû s’adapter pour répondre aux exigences de plus en plus pointues de leurs clients. C’est cette fois les chantiers européens qui se sont spécialisés dans ce type de constructions, comme ceux de Saint-Nazaire, à l’origine d’une grande partie de la flotte de l’américain Royal Carribean et de l’intégralité de la flotte de l’européen MSC. Le marché américain a rapidement explosé et les croisiéristes ont dû rivaliser d’ingéniosité pour proposer le concept le plus attractif. Carnival se veut être le roi du divertissement avec ses « Fun-ship », Norwegian Cruise Line prône ses croisières « Freestyle », plus « cool » et décomplexées et Royal Carribean innove en proposant des attractions insolites comme un simulateur de surf, des murs d’escalade ou des tyroliennes à bord de ses bateaux. Depuis le début des années 2000, suite à de nombreux rachats, le marché est dominé par trois géants : Carnival, Royal Carribean et Star Cruise qui possèdent à eux trois la quasi-totalité de la flotte mondiale de paquebots de croisière sous différentes marques. Si les paquebots voguent sur toutes les mers du monde, certaines zones géographiques particulièrement attractives ont bien compris l’intérêt que représente la visite de ces géants pour leurs économies et ont rapidement su adapter leurs infrastructures. Ainsi les Caraïbes, les Bahamas, la Méditerranée ou plus récemment la mer Baltique sont des régions particulièrement convoitées par les armateurs. Après des débuts glorieux outre-Atlantique pour cette nouvelle forme de tourisme, un certain nombre de pays européens se sont intéressés au phénomène et le marché sur le vieux continent tend aujourd’hui à rattraper son retard. Exception faite du marché français où la croisière a longtemps peiné à trouver sa place considérée comme un produit haut de gamme réservé aux personnes âgées. Bien que n’ayant pas encore rattrapé ses voisins européens, le marché de la croisière en France connaît depuis une dizaine d’années une progression très encourageante pour le futur. Le 13 janvier 2012, l’industrie de la croisière a connu l’une des tragédies les plus importantes de son histoire. Le Costa Concordia, l’un des plus gros navires exploités en Europe, fait naufrage devant le port de la petite île de Giglio en Toscane, après avoir heurté un récif. Impressionnante, surréaliste, cette catastrophe pose à nouveau la question de la sécurité à bord de ces bateaux toujours plus grands.